Une journée sur la montagne Pelée, de l’Aileron jusqu’au Chinois

Une journée sur la montagne Pelée, de l'Aileron jusqu'au Chinois

Il est à peine six heures quand la voiture s’arrête sur le parking de l’Aileron, au-dessus du Morne-Rouge. L’air est frais, presque piquant pour qui a atterri la veille au Lamentin, et le sommet de la montagne Pelée se découpe net sur un ciel qui pâlit. Cette netteté ne durera pas forcément : sur le volcan, les nuages s’installent souvent dans le courant de la matinée, et c’est autour de cette contrainte que s’organise toute la journée. Celle que l’on déroule ici est un exemple type, celle que l’on peut bâtir quand on vient en Martinique d’abord pour marcher.

Pourquoi tout le monde conseille de partir avant le lever du jour

La montagne Pelée culmine à près de 1 400 mètres, au Chinois, son point le plus haut. Depuis l’Aileron, le départ le plus fréquenté, le sentier grimpe d’abord dans une végétation dense, puis les arbres s’effacent devant une végétation basse, couchée par le vent, où dominent les fougères et les mousses. Plus on monte, plus le paysage évoque une lande d’altitude, loin de l’image des Antilles que l’on avait en tête dans l’avion.

Partir tôt n’a rien d’une coquetterie de randonneur. Les premières heures offrent les meilleures chances d’avoir une vue depuis le sommet, et la montée se fait avant que la chaleur ne pèse. Il faut une frontale pour les premières minutes, un coupe-vent et une couche chaude dans le sac. En haut, mouillé par le brouillard et exposé au vent, on a vite froid, même à cette latitude.

Ce que l’on voit là-haut, et ce que l’on ne voit pas

Par temps clair, la récompense est à la hauteur de l’effort. On domine la caldeira, les pentes qui filent vers la mer des Caraïbes d’un côté et vers l’Atlantique de l’autre, et l’on mesure d’un coup d’œil la place que tient le volcan dans le nord de l’île. On comprend aussi, presque physiquement, ce qui s’est joué le 8 mai 1902, quand la nuée ardente a dévalé vers Saint-Pierre et rayé la ville de la carte en quelques minutes.

Par temps bouché, ce qui arrive souvent, on voit à dix mètres. C’est frustrant, mais ce n’est pas une raison pour quitter le sentier en espérant trouver une éclaircie plus loin. La Pelée est un volcan actif, surveillé en permanence par l’Observatoire volcanologique et sismologique de Martinique, et l’on reste sur les traces balisées. Avant de partir, consultez ses bulletins ainsi que l’état des sentiers : des tronçons peuvent être fermés après de fortes pluies ou pendant des travaux.

Depuis 2023, les volcans et forêts de la montagne Pelée et des pitons du nord de la Martinique sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. L’inscription n’a rien changé à la difficulté de la montée, mais elle rappelle que l’on marche dans un milieu fragile, où l’on ne cueille rien et où l’on ne coupe pas les lacets.

La descente, le moment où l’on se blesse

Ceux qui ont souffert dans la montée pensent souvent que le plus dur est fait. C’est l’inverse. Le sentier, raviné par l’eau, alterne marches de terre, blocs de roche et passages boueux qui tournent à la patinoire dès qu’il a plu. Les genoux et les chevilles encaissent, et c’est dans la dernière heure, quand la fatigue s’installe, que les glissades arrivent. Des bâtons, de vraies chaussures de randonnée à semelle crantée et un pas lent valent mieux que tous les conseils.

La saison compte aussi. Pendant le carême, de janvier à avril, les traces sèchent plus vite entre deux averses. En hivernage, de juin à novembre, la boue est la règle, et certaines journées ne se prêtent tout simplement pas à la montée.

L’après-midi, au pied du volcan

Redescendu en fin de matinée, on rejoint Saint-Pierre en voiture. La ville rebâtie garde les traces de 1902, des ruines du théâtre au cachot où le prisonnier Cyparis survécut à la catastrophe. Après une matinée dans le froid, un bain sur la plage de sable sombre, au pied de la ville, détend les jambes mieux que n’importe quel étirement.

C’est souvent à ce moment que l’on mesure l’intérêt d’avoir logé au bon endroit. Rejoindre l’Aileron à l’aube depuis la pointe sud, Sainte-Anne ou Le Marin, suppose de se lever en pleine nuit pour traverser l’île du sud au nord. Pour un séjour construit autour de la randonnée, le nord caraïbe a plus de sens : la page https://www.villaveo.com/fr/locations/martinique renvoie vers chaque commune, de Saint-Pierre au Prêcheur en passant par Le Carbet et le Morne-Rouge, ce qui permet de repérer les maisons proches des départs avant de réserver.

Les autres traces qui valent le déplacement

La Pelée ne résume pas la randonnée en Martinique. Sur la côte nord, la trace qui relie l’anse Couleuvre, au-delà du bourg du Prêcheur, à Grand’Rivière longe le littoral à travers la forêt et franchit plusieurs rivières. C’est une longue journée, et comme aucune route côtière ne relie les deux bouts, le retour s’organise avant de partir : une voiture laissée à chaque extrémité, ou un bateau de pêcheur réservé à l’avance. Plus au sud, le morne Larcher, entre Le Diamant et les Anses-d’Arlet, impose une montée raide, avec le Rocher du Diamant en face pour récompense. Côté Atlantique, la presqu’île de la Caravelle, à La Trinité, propose une boucle plus douce entre mangrove, côte rocheuse et ruines du château Dubuc.

Un dernier conseil, celui que l’on regrette le plus souvent de ne pas avoir suivi : placez la Pelée dans les premiers jours du séjour et gardez une ou deux matinées de réserve. Si le sommet est noyé dans les nuages le jour prévu, vous pourrez y retourner sans tout chambouler, au lieu de repartir en ayant vu le volcan seulement depuis la plage.