Dans le désert d’Atacama, une erreur fréquente chez les motards consiste à attendre d’avoir soif pour boire. À ce stade, le retard est déjà pris. Sous un équipement fermé, dans un vent sec qui évapore la sueur à mesure qu’elle perle, on ne se sent pas transpirer et la soif se manifeste tard. Les premiers signaux sont ailleurs : un mal de tête en fin de matinée, une irritabilité inhabituelle, une attention qui flotte dans les longues lignes droites de la route 5, la Panaméricaine chilienne.
Un désert où l’air lui-même vous dessèche
L’Atacama compte parmi les déserts non polaires les plus arides de la planète. Sur la côte, autour d’Antofagasta, la camanchaca, un brouillard venu du Pacifique, rafraîchit parfois les matinées sans apporter de pluie. Dès que la route quitte le littoral, l’air devient d’une sécheresse extrême, et le vent qui s’engouffre sous une visière relevée dessèche les lèvres et le nez en quelques heures. Au sud d’Antofagasta, près de la Mano del Desierto, la grande main sculptée par Mario Irarrázabal qui sort du sable, on peut rouler des dizaines de kilomètres sans croiser un arbre.
La parade est simple à énoncer et moins simple à tenir : boire peu mais souvent, à chaque arrêt, même sans envie, plutôt que de vider une bouteille à l’étape. Beaucoup de motards habitués du désert roulent avec une poche à eau dans le dos, tuyau glissé sous la veste, pour boire dès que la moto s’arrête sans fouiller les sacoches. Sur les longues journées, certains y ajoutent une boisson de l’effort, qui apporte aussi les sels minéraux perdus en transpirant. Les sportifs d’endurance utilisent un repère simple : des urines foncées en fin de matinée signalent que l’on boit trop peu.
Le soleil passe par chaque interstice de l’équipement
Le rayonnement ultraviolet sur les hauts plateaux du nord du Chili compte parmi les plus intenses mesurés à la surface du globe. L’altitude y est pour beaucoup : San Pedro de Atacama se trouve à près de 2 400 mètres, et les routes qui en partent vers l’Argentine montent bien au-delà. S’y ajoute la réverbération sur les salars et le sable clair.
Les brûlures se logent là où l’équipement laisse un passage : la nuque, entre le col du blouson et le casque ; la bande de peau entre le gant et la manche ; les lèvres et le nez quand on roule visière ouverte. Un tour de cou fin, des gants à manchette longue et une crème à indice élevé, renouvelée à la pause de midi, règlent la plupart des cas.
Les yeux souffrent aussi. L’air sec et la poussière irritent, surtout les porteurs de lentilles, et le soleil rasant du matin peut éblouir au point de masquer un nid-de-poule. Une visière teintée, ou des lunettes filtrant les UV portées sous un écran clair, évitent de finir la journée les yeux rouges.
Entre l’après-midi et l’aube, le thermomètre fait le grand écart
Le désert malmène aussi le corps par ses écarts de température. À San Pedro de Atacama, on passe couramment d’une chaleur franche l’après-midi à quelques degrés seulement avant l’aube, et l’écart se creuse encore en altitude. Le motard qui part tôt pour éviter la chaleur roule en réalité dans le froid pendant la première heure, les mains engourdies sur les leviers, avec des réflexes moins vifs qu’il ne le croit.
La réponse tient dans les couches : une sous-couche thermique fine, un coupe-vent que l’on retire à la première pause, une veste ventilée pour l’après-midi. Le vent se lève souvent en milieu de journée sur les hauts plateaux, et il refroidit autant qu’il dessèche.
Personne ne boira à votre place
Les itinéraires qui remontent la côte chilienne avant de bifurquer vers la cordillère enchaînent souvent plusieurs journées de désert, de Bahía Inglesa à San Pedro de Atacama. C’est le cas du circuit en Triumph Tiger que West Forever propose pour rouler de l’Atacama aux Andes argentines, suivi par deux véhicules d’assistance. Un tel dispositif règle la logistique sur des routes où les stations-service peuvent être très espacées ; il ne gère pas l’hydratation d’un participant à sa place.
C’est à chacun de boire avant d’avoir soif, de signaler un mal de tête qui persiste et d’accepter de lever le pied quand la chaleur pèse. Dans un groupe, la crainte de ralentir les autres pousse souvent à sauter une pause : c’est justement celle qu’il ne fallait pas sauter.
Un dernier détail, qui change beaucoup sur plusieurs jours de désert : gardez la crème solaire, le baume à lèvres et des larmes artificielles dans une poche que l’on ouvre sans retirer les gants. Ce qui oblige à défaire une sacoche à chaque arrêt cesse d’être utilisé dès le troisième jour.
